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Edvard Grieg Museum Troldhaugen og Bergen Off. Bibliotek har gått sammen om å lage nettsidene ”Grieg for unge” som et av institusjonenes bidrag til Grieg-året 2007.

Edvard Grieg 1843-1907


”Oui, comme les ballades, la vie est singulière : on ne sait jamais si elles sont pensées en mineur ou en majeur”.

Edvard Grieg est né à Bergen le 15 juin 1843. Il voit le jour dans la petite rue commercante et animée ”la rue de la plage ” ( = ”Strandgaten“ ) au numéro 12 ; il est le quatrième enfant de cinq frères et soeurs. Ses ancêtres du côté du père sont originaires d´Ecosse. L´arrière grand-père, qui venait de la petite ville écossaise Cairnbulg, s´est établi en Norvège vers 1770 comme négociant à Bergen. Le père d´Edvard, Alexander Grieg, prit la suite de l´opulente maison de commerce et fut aussi Consul d´Angleterre. La mère, Gesine Judithe, était la fille d´un certain Edvard Hagerup, gouverneur influent de Bergen et également représentant du parlement norvégien, le Storting, plusieurs fois réélu. Les parents de Gésine avaient des ressources économiques et la volonté de donner la meilleure éducation à tous leurs enfants. Gésine avait d´incontestables dons musicaux: elle fut envoyée à Hambourg pour étudier la musique. De retour à Bergen elle joua un rôle non négligeable dans la ville, tant comme soliste que comme pianiste reconnue. Gésine fut le premier professeur de piano d´Edvard, compétente et sévère, mais aussi affectueuse. Des années d´enfance sans soucis dans la rue de la plage ont dû imprégner le caractère sensible d´Edvard et lui laisser des impressions pour la vie : celles des jeux insolites et passionnants dans les ruelles sombres et étroites de Bergen que fréquentaient maints sales garnements, Vågen, le port situé au coeur même de la ville, où les voiliers du monde entier apportaient avec eux l´air du large, le marché aux poissons, dont l´odeur s´imprègne dans les vêtements, sont des lieux de rencontre pour tous les bourgeois de la ville et tous les gamins à la langue bien pendue. Grieg dira lui-même : ” il y a de la morue et du lieu noir dans ma musique”.

Parmi les siens, la musique est au centre des préoccupations. Gesine organise chaque semaine des soirées musicales au cours desquelles elle joue elle-même du Mozart ou du Weber. Les frères et soeurs d´Edvard sont tous musiciens et, comme partie prenante de leur éducation, les enfants Grieg, comme tous les enfants de la bonne bourgeoisie aisée de Bergen, ont le droit d´accompagner leurs parents aux concerts donnés par L´Harmonie. Edvard est fier quand il découvre que sa mère joue comme soliste des oeuvres difficiles et musicalement exigeantes dans l´orchestre de la ville.

La vie d´Edvard prend un tour nouveau à partir de 1853. Il est inscrit à l´école Tanks. Il a peu de sympathie pour les exigences et les devoirs que lui imposent l´école et essaie autant qu´il peut d´y échapper. Chez lui, il s´est essayé à composer des petites compositions pour piano qui ont eu quelques succès auprès des siens, mais à l´école, il n´est pas pris au sérieux et son professeur le recoit avec cette réplique condescendante : “Tiens donc ! Le polisson est musicien ? “ C´est alors qu´arriva l´été 1858. Ole Bull, “le dieu de toutes les aventures”, comme Edvard l´appelle, vient dans le quartier de sa ville natale, Landås, et Edvard joue pour lui. Le célèbre violoniste virtuose Ole Bull, dont le frère est le beau-frère de Gesine et un bon ami de la famille, convainc les parents qu´il est désormais temps de développer les talents particulièrement musicaux d´Edvard.

Edvard se rendra donc à ”Leipzig pour devenir artiste”. Agé de quinze ans, Edvard ira ainsi à Leipzig pour y étudier la musique, où se trouve alors le conservatoire le plus réputé d´Europe. Il accepte mal la discipline stricte du conservatoire, et l´enseignement traditionnel est pour lui fort peu inspirant. Mais l´élève musicalement surdoué qu´il est s´imprègne des impressions que lui laisse le milieu musical de la ville. Il va à toutes les répétitions d´orchestre de la salle de concerts Gewandhaus de la ville, et écoute le célèbre orchestre Gewandhaus. Cela sera important pour sa formation personnelle et pèsera du poids qu´aurait dû lui donner, selon lui, ce que le conservatoire ne lui donnera pas : de solides connaissances dans la technique de la composition. Il dira plus tard :”Cela a été une chance pour moi d´avoir eu la possibilité d´écouter de la si belle musique. Cela a développé mes dons et mon jugement musical”. Le temps des études à Leipzig fut aussi fatal pour le restant de sa vie. Il fut atteint durant le printemps 1860 d´une sérieuse infection pulmonaire, tellement sérieuse que l´énergique Gesine fit le voyage jusqu´à Leipzig pour soigner son fils et le ramener à la maison. La maladie se développa cependant de telle facon que l´un des poumons fut touché pour la vie, et sa santé altérée à jamais. Contre l´avis des médecins, Edvard repartit cependant pour Leipzig à l´automne pour achever ses études. Malgré son attitude négative pour tout ce que le conservatoire lui a donné, il termine ses études en 1862 en obtenant des résultats tout à fait exceptionnels. Ses professeurs l´ont décrit ainsi : “un talent musical étonnamment élevé”.

En 1863 Grieg ira à Copenhage et il restera au Danemark les trois ans qui suivront. C´est là qu´il rencontrera des personnalités qui seront importantes pour sa formation musicale future : les compositeurs danois Hartmann et Gade qui lui apprendront à priser les particularités tonales “nordiques”. Il se sentira particulièrement revigoré de respirer un air frais après les pédantes années de Leipzig. Gade le provoquera à composer une symphonie. Elle sera finie en 1864, mais ce sera la seule, ne sera jamais imprimée, et rarement jouée, à quelques exceptions près. Grieg n´est absolument pas satisfait du résultat, car il la considère trop imprégnée de Mendelssohn et de l´école allemande, dont il veut profondément s´éloigner. A Copenhague s´opère un changement d´époque; il rencontre le compositeur norvégien Rikard Nordraak. Grâce à lui, qui défend particulièrement tout ce qui est norvégien dans la musique, Grieg trouve sa propre identité norvégienne et la certitude qu´il pourra l´exprimer dans sa propre musique. Il dira lui-même à ce sujet : ”Je crois que ma propre voie est passée par celle de Nordraak”. Il compose alors ses Humoresques pour piano, qui est sa première oeuvre dans laquelle le style norvégien apparaît pour la première fois. A Copenhague, il rencontre sa cousine Nina Hagerup, qu´il n´avait pas revue depuis ses années d´enfance à Bergen. Nina a une voix de cantratrice ensorceleuse et possède un don certain de conférencière. Edvard tombe éperdument amoureux. Inspiré par le beau poème “Mélodies du coeur” du conteur danois H.C. Andersen, il compose pour elle cinq prenants et brûlants chants, parmi lesquels “Je t´aime”. Ils se fiancieront, mais leurs familles montrent peu d´enthousiasme pour cette liaison. La mère de Nina, la danoise de naissance Adeline, est particulièrement sceptique. Elle connaît elle-même la vie artistique, elle qui s´est établie un temps à Bergen et est devenue le premier instructeur féminin de théâtre. La carrière d´artiste est difficile est exigeante, et les chances de réussites sont minces, estime-t-elle, et dira : “Il n´est rien, il n´a rien et il fait de la musique que personne ne veut écouter”.

Malgré l´opposition des familles, Edvard et Nina se marient à Copenhague en juin 1867. La famille proche ne sera pas invitée au mariage. Le couple déménage alors à Christiana (Oslo), où Grieg a un contrat de deux ans comme chef d´orchestre à “La Société Philharmonique” (Det Philharmoniske Selskab). Ca sera des jours difficiles avec des concerts et des répétitions chorales et orchestrales pénibles ; et pour suppléer aux maigres ressources du ménage, ce sera un nombre incalculable de lecons particulières de piano dans la rue “Øvre Voll” (rue du rempart du haut). “La Plaie”, comme il les appellera. En avril 1868 naît leur petite fille Alexandra, leur seule enfant. La petite famille visitera le Danemark durant l´été et Grieg sera inspiré dans la joie et un immense plaisir : c´est là que sera créé le génial concerto pour panio en la mineur. Le pianiste nordique alors tête d´affiche Edmund Neupert le joue pour la première fois à Copenhague et se sera un beau succès. Le compositeur n´est cependant pas dans la salle: il doit assurer ses obligations de chef d´orchestre à Christiana !

L´été 1869, Edvard, Nina et la petite Alexandra le passent dans la banlieue de Bergen, leur cher Landås. La tragédie ne les épargne pas. Alexandra meurt d´une méningite. L´épreuve est dure. Accablé de douleur, Grieg a cependant son art qui l´aide à vivre : “L´Art a plus que toute autre chose cette force revigorante qui écarte toute peine”. Cet été-là, Grieg est beaucoup avec Ole Bull, et cela lui donne un nouveau désir de vivre. C´est aussi un encouragement que de recevoir du Parlement norvégien, le Storting, une bourse qui lui donne la possibilité financière de réaliser un séjour à l´étranger depuis si longtemps désiré. Edvard et Nina quittent Bergen, et après un séjour à Christiana et Copenhague, ils poursuivent leur voyage vers le Sud en passant par Berlin, Leipzig, Vienne. Leur objectif est Rome qu´ils atteignent un peu avant Noël. C´est à Rome qu´il trouve ce qu´il recherchait : “Le calme pour m´approfondir en moi-même et dans tout ce qui est grand autour de moi, l´ influence quotidienne d´un monde de beauté”. C´est là que Grieg fera aussi des décisives et passionnantes rencontres pour sa carrière. Il sera invité à rencontrer le virtuose de piano mondialement connu Frantz Liszt. Il écrira : “J´ai été convié, par d´incompréhensibles bonnes grâces, à aller vers lui, et il a joué – oui, et cela ne me dérange pas de ne plus entendre jouer du piano”. Grieg à son tour jouera pour lui et avec lui, et, mieux que tout, Liszt exprimera sa reconnaissance au sujet de ses compositions. Grieg estime et admire le génial pianiste, et les opinions de ce dernier auront une grande portée dans l´affirmation de sa confiance artistique. Lors d´un concert où la deuxième sonate pour violon en sol majeur est au programme, Liszt est dans la salle, se lève et applaudit. Légèrement ironique, Grieg écrit à ses parents : “La chose qu´il faut dire est que lorsque Liszt applaudit, tout le monde applaudit alors, chacun pire que le voisin”.

Les années suivantes sont imprégnées de la collaboration avec Bjørnstjerne Bjørnson. L´enthousiasme communicatif de Bjørnson pour “tout ce qui est norvégien”, sa forte personnalité et son être plein d´initiative et d´allant décuple l´énergie de Grieg. Il trouve dans son oeuvre l´inspiration pour ses compositions les plus célèbres, et dans une période musicalement productive, il créera “Devant un monastère du Sud”, “Bergliot”, la musique pour “Sigurd Jorsalfar” et “Connaissance du pays”, toutes sur des textes de Bjørnson.

C´est aussi dans cette période que se produit une rencontre heureuse qui, sur le plan personnel, sera l´une des plus importantes de sa vie : l´étudiant en droit Frants Beyer de Bergen étudie à Christiana et souhaite suivre les lecons de piano de Grieg. Cette rencontre sera le début d´une amitié qui durera toute la vie, imprégnée d´une profonde et rare solidarité, ainsi que d´un joyeux dévouement commun pour la nature et la musique. Grieg utilisera de jolis mots pour exprimer ses sentiments envers son ami : ”Pour moi, tu resteras jusqu´à mon dernier souffle ce qui aura été de plus noble et de meilleur que j´aie rencontré sur mon chemin”.

A partir de 1874 Grieg recoit un salaire de l´Etat, et dès lors le couple aura la liberté de pouvoir séjourner plus souvent hors de Christiana. En janvier Henrik Ibsen écrit à Grieg et lui demande de composer la musique pour la mise en scène de Peer Gynt. Ibsen estime que Grieg possède la maturité artistique et humaine nécessaire pour effectuer avec succès ce travail. Mais Grieg “rechigne” à écrire la musique “du plus non-musical de tous les sujets”. Grieg accepte cependant, et prend sur lui l´énorme et presque impossible tâche. L´été 1874, il loue au propriétaire du chantier naval Rasmus Rolfsen la petite tonnelle “Elsesro” ( Le repos de Else) qui se trouve dans le jardin de sa maison de la banlieue proche de Bergen, Sandviken, et commence le travail. Les premières esquisses de la musique de Peer Gynt seront écrites dans le feu de l´enthousiasme, mais l´intérêt déclinera, et bientôt le travail lui coûtera les effort les plus grands. Il dira : “Je tâtonne encore avec la musique de “Peer Gynt” qui ne m´intéresse pas.” Ce n´est qu´en février à Christiana que Peer Gynt sera mis en scène pour la première fois avec la musique de Grieg.

L´année 1875 sera un tournant dramatique dans la vie de Grieg. Il perd ses père et mère en l´espace de peu de mois. Edvard et Nina s´installeront dans la maison natale de Bergen, au 152 de la ” Strandgaten”qui est désormais la demeure de son frère John et de sa grande famille. Dans une forte atmosphère de détresse, la ”Ballade pour piano” est créée, sa plus grande composition pour piano, une oeuvre triste et profondément sérieuse. Cette période est imprégnée, sur le plan humain et artistique, d´une profonde crise personnelle. Comme souvent dans le conflit entre l´Art et la Vie, l´ardeur de la création est aiguisée, et il écrit la musique sur ”Six poèmes d´Henrik Ibsen”. Dans ces poèmes, qui expriment avec des mots le lourd destin de l´homme, Grieg trouve l´expression du combat intérieur de ses propres pensées.

Grieg est maintenant un chef d´orchestre averti, un solide pianiste mais il sent que la composition est délaissée. Il a besoin de prendre ses distances avec des expériences déchirantes, besoin de calme pour se rassembler et se concentrer dans son activité de création. Durant l´année 1877, il est invité à s´installer chez de bons amis à Copenhague et à Leipzig, mais la vie urbaine ne le tente pas. Ce dont il a besoin désormais autour de lui, c´est un milieu sain, vrai et frais. Ce à quoi il aspire, c´est la luxuriante nature pleine de contrastes de la Norvège de l´Ouest. ” Je vais sûrement arriver à m´installer un jour ou l´autre dans une ferme norvégienne” écrit-il à un ami. A l´approche de la Saint-Jean, Edvard et Nina se retirent dans la petite ferme isolée Børve à Ullensvang dans la contrée du Hardanger. Il dira lui-même : ” Il me fallait le faire pour ne pas m´écrouler comme créateur”. Ils y resteront tout l´été, mais passer tout l´hiver en montagne serait trop primitif. C´est là cependant qu´íl veut être, c´est dans le Hardanger qu´est son coeur ;

Nina et lui quittent les hauteurs de Børve, et s´installent dans le village de Lofthus, dans l´auberge de Brita et Hans Utne qui deviendront leurs amis pour la vie. Il “veut s´immerger dans la solitude et la nature” écrit-il, et à Lofthus, il se fait construire son premier pavillon de compositeur, que les habitants du village appelleront ”Le Compost”. C´est là qu´il mettra en chantier sa géniale oeuvre de chambre “quatuor pour cordes en la mineur”, “un paragraphe important de ma vie, riche en événements et secousses de l´âme”. Le “Prisonnier du fjeld” (Bergtekne) , qui s´appuie sur “la lourde matière” des ballades norvégiennes, verra également le jour entre le fjord et les sombres montagnes du Hardanger.

A la longue, le Hardanger sera pour lui trop étroit, et il sollicitera à nouveau des engagements de pianiste et de chef d´orchestre, mais en tant que créateur il connaîtra une longue éclipse.

Au printemps 1880, Nina et Edvard sont de retour dans leur ville natale et ils s´installent à nouveau dans la maison pleine d´enfants de John, située dans la ”Strandgaten”. Grieg aura dans les mains un petit recueil de poèmes du poète du Telemark Aasmund Olavson Vinje. Depuis sa plus tendre enfance, Grieg a aimé la langue néo-norvégienne, riche en expressions et sonorités musicales. Il est alors profondément touché par les beaux poèmes de Vinje, et tandis que le soleil de printemps fait fondre la glace, les dons créateurs de Grieg se réveillent. Porté par une vague d´inspiration, il compose en quelques jours ”12 mélodies sur des poèmes d´A.O. Vinje”. Parmi elles se trouvent les belles et merveilleuses ”Printemps” et ”Blessures du coeur”, qui font partie des oeuvres culminantes de Grieg pour la romance. Il affirme :”Au-delà de l´aspect purement spirituel, la nature du Hardanger se trouve cachée dans ces chants”.

L´été 1880, Grieg sollicitera le poste vacant de chef d´orchestre de l´Orchestre Philharmonique de la Société de Musique ; - poste qu´il gardera deux ans, jusqu´en avril 1882. Grieg sera un chef d´orchestre exigeant dont il a beaucoup été question, mais il sera aussi pour l´orchestre de sa ville natale un chef d´orchestre exceptionnellement populaire. Après deux années épuisantes mais pleines de succès à la tête de “L´Harmonie”, sa santé est altérée. Edvard et Nina iront en cure dans la station thermale à la mode et ”aux prix indécents” de Karlsbad en Bohême, dans laquelle les célèbres eaux de source de l´endroit ont la réputation de soigner les maux d´estomac et autres allergies diverses. Mais aucune cure thermale, aussi reconnue soit-elle, ne peut se mesurer à l´air salubre et frais du Hardanger. Edvard et Nina passeront à nouveau l´été à Lofthus, et dans ”Le Compost”, il commencera la composition de la grande sonate pour violon qui sera plus tard dédiée à son frère John.

A l´automne 1882, le couple Grieg cherchera à nouveau le calme à Bergen en louant une petite maison à Engen. De ce logement, Grieg a vue sur “le Vieux Théâtre”, vue qui sans doute éveille en lui les bons souvenirs du bienfaiteur Ole Bull de sa jeunessse, qui, en 1850, a fondé dans ce même bâtiment, le premier théâtre norvégien.

Lors de ces dernières années, le développement de Grieg comme créateur s´est à nouveau ralenti, il a peu composé, est insatisfait de lui-même et ses rapports avec sa femme Nina sont de plus en plus compliqués, têtus et emportés comme ils le sont tous les deux. En 1883, leurs rapports sont suffisamment détériorés pour que Grieg décide de quitter le foyer. C´est Paris qui l´attire irrésistiblement, d´autant que la belle et jeune Leis Schjelderup, peintre de Bergen, y séjourne. Avec Paris en ligne de mire, il entreprend une vaste et fatigante tournée de concerts. Il donne des concerts dans un grand nombre de villes aux Pays-Bas et en Allemagne. Il restera aux Pays-Bas pour se reposer chez le compositeur néerlandais Julius Röntgen qui deviendra son meilleur ami étranger. Pendant toute la durée de son séjour à l´étranger, il maintiendra le contact avec son ami Frants Beyer. D´innombrables lettres seront échangées entre eux. La chaude intelligence de Beyer et ses dons exeptionnels pour établir des ponts donneront des résultats. Les projets parisiens sont abandonnés, les nuages menacants au-dessus de la vie d´Edvard et de Nina s´estompent et c´est sous le ciel clair d´Italie qu´ils se retrouvent. En janvier 1884 les quatre amis Edvard, Nina, Marie et Frants se rencontrent et, rayonnants de joie, ils prennent ensemble leurs vacances à Rome.
Le séjour semble avoir été comme une cure de rajeunissement pour Grieg, et de retour à Lofthus, il écrit en style rococo son éclatante composition “Du temps de Holdberg”, à l´origine pour piano, plus tard pour instruments à cordes et pour orchestre.

Grieg a maintenant 41 ans et éprouve le besoin d´un point fixe dans l´existence : un foyer solide et sûr, et par dessus tout une maison dans le voisinage de ses mis Frants et Marie Beyer. Ces derniers ont déjà construit leur paradis, “Le Cap”, joliment situé au bord du lac de Nordås en dehors de Bergen. Edvard et Nina achètent le terrain voisin, séparé du ”Cap” par une idyllique petite anse. La demeure d´Edvard et de Nina, qu´ils appelleront ”La Colline des Trolls” (Trollhaugen), sera construite si près du ”Cap”, que les deux familles peuvent se faire des signes de mains de leurs fenêtres respectives. Edvard emménage avec enthousiasme dans sa nouvelle habitation, située dans un endroit “plus beau que le plus beau”. Dans une humeur exaltée, il écrit à un ami au Danemark :” Aucun opus ne m´a rempli d´une plus grande joie que cela. Je peins et dessine la moitié du jour”. Comme architecte pour la villa, c´est le cousin germain de Grieg qui a été choisi, l´architecte berguenois Schak Bull. La maison est terminée fin mars 1885, alors que la nature s´apprête pour le printemps, si bien qu´Edvard et Nina peuvent emménager dans leur demeure tant attendue ; - et le cri enjoué “Tra-la-la-hou” retentit de part et d´autre comme un écho par delà la baie.

Mais pas même “La Colline des trolls” en habits de fête printanière, couverte de merisiers en fleurs et de merles chantant dans l´air du printemps, ne peut faire que Grieg retrouve le calme. Sa nature d´artiste exalté ne peut rester en place. Il a à nouveau hâte de rencontrer des être pleins d´enthousiasme, un piano de concert ou le podium de chef d´orchestre avec des auditeurs pleins d´attente dans une salle. La chère ville de Bergen lui semble à nouveau un coin perdu, ennuyeuse, marquée du sceau de ”la mollesse désespérée et de matérialisme”. Dès le mois d´avril de cette année, il écrit à un ami : ”Il me faut avant l´automne trouver quelque diablerie si je veux à nouveau m´en sortir:” Mais d´abord, c´est l´été, et nous trouvons les amis Edvard et Frants à Jotunheimen ( ”Le foyer des géants” ), la première de leurs innombrables randonnées en montagne. Randonnées qui s´avèreront être pour eux deux, les points culminants de leurs vies, au cours desquelles, dans une intense joie devant la beauté et ” le caractère inviolé du fjeld”, ils resserreront encore davantage leurs liens d´amitié, - ce qui donnera à Grieg ”une force de vie dans le corps et dans l´âme”.

C´est l´automne 1885, et Grieg désire avant tout gagner Rome, mais ses ressources économiques ne sont pas au plus haut. ”La Colline de Trolls” lui a beaucoup coûté, et il doit désormais penser à sa situation financière. Grieg aurait bien voulu entretenir Nina et lui-même par son seul travail de créateur, mais, écrit-il à l´éditeur Max Abraham à Leipzig : ”L´être humain ne peut pas toujours composer, en tout cas pas moi”. Edvard et Nina se rendent à Copenhague, et après plusieurs concerts pleinement réussis, ils vont dans le Jylland pour leur première tournée de longue durée au cours de laquelle ils visitent un grand nombre de villes danoises, rencontrent un public enthousiaste, et assurent leur situation financière. A l´approche du printemps 1886 nous retrouvons Grieg à Copenhague dans une petite chambre chez des amis, et dans une immense nostalgie du printemps de ”La Colline des Trolls” et d´un cercle d´amis intimes, il compose les plus jolies de ses ”Compositions lyriques pour piano” : ”Papillon”, ”Chez soi”, ”Petit oiseau” et l´ensorceleuse déclaration ”Au Printemps”. A l´ami Frants il écrit: ” La joie tranquille qui règne sur tout ce qui est ici a fait que c´est devenu des notes de musique”.

Edvard et Nina seront à ”La Colline des Troll” durant l´hiver et le printemps 1887, mais à l´automne, ils se rendront à Leipzig où ils seront le centre charmant d´artistes norvégiens et étrangers heureux de faire la fête, et leurs concerts remporteront de nombreux succès. Lors d´une Saint-Sylvestre, Grieg rencontrera les célèbres compositeurs Johannes Brams et Peter Tchaïkovski, qui reconnaissent tous les deux leur admiration pour sa musique et qui tous deux deviendront ses amis. Cette période sera le prélude pour les années à venir d´une fébrile activité de concerts. Edvard joue ou dirige ses compositions, Nina chante, et ensemble connaissent de grands triomphes artistiques. Ils visitent plusieurs capitales : Stockholm, Vienne, Amsterdam, La Haye, Copenhague, Paris, Londres. Ils rencontrent partout des succès délirants ; dans la capitale anglaise, c´est une véritable fièvre ; à Paris le public exulte. La popularité du petit couple d´artistes norvégiens est énorme et ils sont fêtés comme personnes d´autres. Mais malgré le succès, le conflit est toujours présent entre le désir de repos et l´attirance profonde envers la nature, et les événements culturels de la ville où le public exigeant est en attente de musique. Ce n´est que chez lui, dans sa ”cabane de compositeur” de la ”Colline des Trolls” ou à Lofthus qu´il est en mesure de composer dans le calme parce qu´à l´abri des regards. C´est à nouveau des poésies lyriques inspirées du mysticisme de la nature norvégienne qui déclenche la force créatrice de Grieg. Il écrit à l´automne 1895 : “Je me suis plongé ces derniers jours dans de la poésie hautement singulière : un livre de Arne Garbog vient de paraître en néo-norvégien : ”Haugtussa” (=Les êtres invisibles du fjeld). C´est un livre absolument génial”. Trois ans plus tard, à l´automne 1898, sortira les chants “Haugtussa” dans lesquels la poésie et la musique sont liées dans une parfaite conformité artistique. Il les caractérisera lui-même comme étant "les meilleurs chants que j´aie écrits.”

En 1890, durant les mois d´été, on le trouve souvent avec des amis dans des randonnées en montagne de tout le pays, d´abord et avant tout dans la région du Jotunheimen, mais aussi plus au Nord, dans les régions du Møre et du Trøndelag. Lors de ces randonnées il découvre la musique folklorique dans son milieu originel. Il écoute, enthousiaste, les sonorités des violons du Hardanger jouées par les maîtres violonistes du lieu, les belles ballades du Rondane, les chants d´enfants et les appels lancés pour rassembler le bétail en pleine montagne, comme seuls les vachères et les garcons de ferme savent les chanter. Grieg garde les mélodies en mémoire, mais le mieux est quand son ami Frants les note debout en utilisant le dos des vaches comme pupitre. Ces chants serviront d´inspiration pour les géniales harmonisations pour piano de “Dix neuf ballades norvégiennes”.

Edvard Grieg est à nouveau à Bergen quand les hommes d´affaires de la ville projettent une grande exposition industrielle et maritime. Grieg a la lumineuse idée de combiner culture et vie commerciale. Il a lui-même participé à un festival en Angleterre, et il propose au Comité d´organisation de l´exposition de mettre sur pied un grand festival de musique norvégienne pendant l´exposition. L´idée est bien accueillie, mais il rencontre de fortes oppositions pendant la préparation. Il souhaite engager pour le festival l´orchestre “Concertgebouw” de la ville d´Amsterdam, l´un des meilleurs orchestres d´Europe. Mais les musiciens norvégiens se sentent fortement provoqués : un orchestre étranger peut-il mieux jouer de la musique norvégienne qu´un orchestre norvégien ? Grieg estime que oui et explique son point de vue de la manière suivante : “ Je considère qu´un festival de musique doit être un festival qui a pour devoir d´exécuter des oeuvres norvégiennes de la manière la plus idéale possible”. La critique est violente, partiale et parfois perfide. Même son meilleur ami Frants Beyer est en désaccord avec lui. Cela va suffisamment loin que Grieg se retire du festival. Mais l´improbable arrive : l´ancien comité de l´exposition est dissout et un nouveau est établi dans la nuit. Grieg obtient le lendemain les pleins pouvoirs pour engager l´orchestre de Hollande. Dans le parc Nygård de Bergen, où les Berguenois aiment faire leurs promenades du dimanche, une grande salle de concerts de 2000 places est construite. “Les Fêtes de la Musique” de Bergen ouvrent le 26 juin 1898, le premier festival de musique en Norvège. C´est un grand succès. Les festivités durent une semaine et chaque soir un public enthousiaste remplit la grande salle de concerts jusqu´à la dernière place. Grieg oublie peu à peu le vent contraire qu´il a rencontré et il écrira plua tard : “Une heureuse étoile a brillé sur cette fête de la musique. La promesse était en elle, car la cause était grande et bonne”.

En 1901, Grieg recoit une lettre du maître violoniste Knut Dahle du Telemark, qui lui demande de veiller à ce que les vieux airs de violons des danses folkloriques soient sauvegardés pour la postérité. Knut Dahle joue pour le violoniste et compositeur Johan Halvorsen, qui a retranscrit 17 airs sur du papier à musique. Grieg les recoit avec enthousiasme et désire sans conteste les travailler au piano. Il écrit : “Cela m´intéresse au plus haut point. Mais c´est un travail d´enfer.” Il éprouve un profond respect pour cette matière et affirme : “ Il n´est pour le moins guère aisé de saisir leurs parfums ! En vérité, il s´agit ici de conserver au mieux leurs pressentiments les plus fins.” Mais il réussit, et dans un génial processus de recomposition, il harmonise les danses folkloriques en des compositions pour piano. Dans la préface de la première édition, il écrira : ”Celui qui a le sens de ces sonorités sera enchanté de leur grande originalité, de leur finesse mêlée de charme clair, et imprégnées qu´elles sont de force hardie et de sauvagerie indomptée”.

Les nombreux et longs et souvent exténuants voyages ainsi que les exigeants concerts l´ont considérablement usé ; sa santé durant ses dernières années sera de plus en plus mauvaise. Grieg doit de plus en plus souvent suivre des cures thermales, il consulte de nouveaux médecins et prend de nouveaux médicaments dans l´espoir d´améliorations.

Toules les maladies me tombent dessus en même temps autant qu´elles peuvent”, écrit-il, et même les plus doués médecins du monde ne peuvent faire quoi que ce soit pour sa constitution usée et en mauvais état.

Mais la vie a aussi ses bons cotés. Grieg fête ses 60 ans le 15 juin 1903. Tout le pays et le monde entier prennent part à la grandiose célébration qui dure plusieurs jours. Sa ville natale le fêtera en organisant des concerts en plein air, et lors d´une incursion à Fløyen, les solistes de l´Orchestre National de Kristiana viendront en nombre pour les concerts de fêtes où Johan Halvorsen et Grieg en personne dirigent. A ”La Colline des Trolls”, lors d´une magnifique journée de printemps, des centaines de spectateurs se rassemblent pour participer à la fête, et Bjørnson fera pour le héros du jour un spirituel discours. Parmi les cadeaux qui affluent se trouve un magnifique piano à queue.

Grieg a toujours été conscient politiquement, et il prend part de manière active aux débats de société. Dans les journaux et ses discours, il exprime ses opinions d´avant-garde en des tournures et des mots rafraîchissants. La dissolution de l´Union entre la Suède et la Norvège est l´une des causes où il s´engage le plus, et il écrit le jour de l´An 1905 dans son journal intime : “Sans les rêves de jeunesse que cette année a rendus effectifs, mon art n´aurait pas eu ce juste arrière-plan.”

Bien que la maladie le frappe de plus en plus, il trouve cependant encore l´incroyable force de composer, et il crée en 1906 sa dernière grande oeuvre, la puissante composition chorale “Quatre psaumes” en “libre adaptation des ballades de Lindeman”.

C´est l´année 1907 : il projette et réalise encore des nouvelles tournées de concerts. Dans une lettre à un ami des Pays-Bas, il écrit : “Mais aussi longtemps qu´ il y a de la vie, il faut affirmer : en avant, toujours plus loin, vers le rien – ou toujours quelque chose de plus.”

Au cours du printemps, il est de plus en plus faible, et il doit séjourner à l´hôpital, aussi bien à Copenhague qu´à Christiana. L´automne de cette année-là est particulièrement pluvieux dans la Norvège de l´Ouest, et chez lui, à ”La Colline des Trolls”, ce temps aggrave sa santé de manière critique.

Il n´abandonne pas encore ; il prépare une tournée de concerts en Angleterre avec Nina. Mais le 03 septembre, la maladie prend une tournure si grave que son ami médecin Klaus Hanssen lui interdit de partir, et l´hospitalise à l´hôpital de Bergen.

Son corps malade et épuisé n´en peut mais ; le 04 septembre 1907, Edvard Grieg n´est plus.

Ce qui nous reste est la musique qu´il a créée, un testament pour nous tous.

Écrit par : Karen Falch Johannessen

Traduction : Bernard-Olivier Lancelot

Imprimez

à jour 23.02.07